Rencontre autour du surréalisme La période d'avant-guerre est marquée chez Bryen par le surréalisme mais est aussi inspirée par le dadaïsme, dont il côtoiera les figures historiques : Lévesque, Picabia, Duchamp... Arp va être l'un de ses plus fidèles amis et ils vont jusqu'à sa mort en... entreprendre plusieurs aventures communes. Leurs chemins se croisent pour la première fois le 18 juin 1935 à la galerie Gravitations(1), lors du vernissage de l’exposition « Bryen-Olson »(2). Hans Arp venait y découvrir les dernières œuvres d’Erik Olson, avec qui il avait participé cinq ans plus tôt à l'exposition « Cercle et Carré ». Camille Bryen présente à ses côtés des dessins automatiques. |
Camille Bryen "Sur Hans Arp", |
Raoul Michelet (Raoul Ubac), Le Sein de la forêt, |
Objets "perdus" dans le bois de Meudon |
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« Autrefois, avec le poète Camille Bryen, nous nous promenions dans la forêt et nous abandonnions quelques-unes de nos oeuvres ça et là dans les broussailles, sur les arbres. Nous imaginions les réactions des gens qui les découvriraient."Qui a fait cela ?, diraient-ils. La nature ? Des oiseaux ?" ». |
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Hans Arp cité par Pierre Cabanne, in "L'un des grands de la sculpture : Arp", |
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« Passant un après-midi chez Hans Arp, à Meudon, j'en revins frappé, une fois de plus, par ce fait évident que cet homme de soixante-douze ans était plus jeune que les plus jeunes des sculpteurs. Il me raconta comment il allait autrefois dans la forêt, en compagnie du poète-peintre Camille Bryen, pour y déposer et y perdre certaines de ses sculptures. Ce mélange de l'art à la nature, ces sculptures restituées en quelque sorte à la nature, constituent un acte panthéiste étonnant. Et quel défi social ! C'est à peine croyable aujourd'hui où le moindre copeau qui sort du rabot des sculpteurs est aussitôt inventorié, numéroté, posé sous châsse et exposé... ». |
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Michel Ragon, Les Américains, éd., p. 212. |
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« Un poème est égaré dans les bois de Meudon. Il sera bientôt visible à certains. C’est un trois-mâts végétal en forme de lyre, et quand le vent joue dans ses cordages feuillus, il chante dans la langue des lézards et des toiles d’araignées ». |
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Camille Bryen, « Arp et le langage », in Fontaine n° 60, p. 334. |
Manifeste dimensioniste |
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En 1936 , Bryen et Arp co-signent avec Sophie Taeuber, Calder, Duchamp, les Delaunay, Kandinsky, Miro, Picabia, … le Manifeste Dimensionniste rédigé par Charles Sirato, qui milite en faveur d’une nouvelle dimension et une interpénétration des arts. Au dos de ce feuillet édité chez José Corti en supplément de la revue N+1, figurent des citations des divers ratificateurs ainsi qu’une liste de leurs livres à paraître. Parmi ceux-ci, Cinq objets poétiques de Bryen, photographiés par Raoul Michelet est annoncé. Il s'agit du premier projet pour L'Aventure des objets (4), qui reprendra finalement le texte de la conférence donnée par Bryen à la Sorbonne le 3 mai 1937, et dans laquelle il passe en revue les objets qu'il crée. L'un d'entre eux, Le Sein dans la forêt, a été "perdu" avec Arp dans le bois de Meudon, non loin de la maison conçue par Sophie Taeuber, pendant l'hiver 1936. |
Expositions communes Dans l'immédiat d'après-guerre ils vont voir leurs noms accolés pour des expositions, notamment pour celle réalisée par Marie-Suzanne Feigel à Bâle, dans laquelle les oeuvres des deux artistes dialoguent. Tandis que Jacques Audiberti introduit les "structures imaginaires" de Bryen, ce dernier préface les oeuvres de Arp dans un court texte, Les Lois du Hasard : «L'absurde est inconcevable à l'esprit vivant. Le hasard possède ses règles, ses lignes de force, ses structures : celles du monde. En les prenant comme moteurs et genèse, c'est sur la vie même que Jean Arp axe ses étonnantes créations. Et d'où nous viendraient donc ses aérolithes, ses feuilles d'ouragan de soleil, humoristes et sereins, comme dorés par les rayons d'Assise ? » L’année 1947 marque les débuts de l’abstraction lyrique, auxquels Bryen a contribué à plusieurs titres, et non des moindres. Il y fut bien évidemment présent en tant que peintre précurseur du mouvement, mais aussi dans son engagement personnel pour la reconnaissance de ces artistes pour qui la peinture devenait gestuelle, instinctive… Il organisa des expositions du ‘groupe informel’, avec Mathieu et Tapié notamment, réunissant ses tableaux avec ceux d’Atlan, Brauner, Hartung, Mathieu, Riopelle, Ubac… Arp fut invité à présenter ses œuvres dans deux évènements majeurs dans l’émergence du mouvement, les expositions « L’Imaginaire » à la galerie du Luxembourg (1947) (8), et « White & Black » à la galerie des Deux-Iles (1948) (9). Ces expositions communes autour d’une même idée de l’art abstrait, Bryen et Arp n’y sont pas arrivés par un chemin identique. Leurs contributions au Salon des Réalités Nouvelles en illustre le propos, puisque c’est dans la continuité de Cercle et Carré et d’Abstraction-Création que Arp y participe en tant qu’artiste et sociétaire. La présence de Bryen n’y sera effective que lors des deux premières éditions, celles de 1946 et 1947, avant que le Manifeste du Salon ne le réoriente vers une abstraction plus réfléchie, géométrique : « …nous voulons exclure le lyrisme… » (10). |
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Hans Arp et Camille Bryen
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Poésie de Mots Inconnus En cette époque d’après-guerre, de nombreux poètes se rallient, plus ou moins directement, à la mouvance lettriste. On retrouve parmi eux, de nombreux peintres qui y firent apparition au cours de leurs carrières respectives. Bryen, Arp et Sophie Taeuber y prirent part aux côtés de Braque, Chagall, Hausmann, Léger, Masson, Miro, Picasso, Ribemont-Dessaignes, Survage, Villon, Wols … Un certain nombre d’entre eux figurent dans le recueil édité par Iliazd en 1949, Poésie de Mots inconnus, en tant qu’auteur et/ou en tant qu’illustrateur de ces poèmes phonétiques. Tête à coq et Poème pour phono de Camille Bryen sont ainsi illustrés de deux de ses pointes-sèches, mais il collabora également avec Arp dans la réalisation à quatre mains d’une gravure sur bois. L’espace quadrillé de la plaque contraste avec les lignes courbes de Arp et de Bryen, qui reprennent chacun des formes qui leur sont propres. Les deux parties gravées par Camille Bryen, suivent une ligne irrégulière qui semble reprendre les contours de ses dessins automatiques. |
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Temps troué Il est alors intéressant de les rapprocher graphiquement des dessins palingénésiques qu’Hans Arp réalisa pour illustrer Temps Troué (1951) (11), puisqu’ils reprennent ces mêmes formes. Outre ces dessins qui sont inédits dans l’œuvre de l’artiste alsacien, l’éditeur du Soleil noir, François di Dio, intégra dans ce recueil six gravures sur bois. Ce travail en collaboration entre l’auteur et l’illustrateur, est complété par un portrait photographique de Bryen pris par Denise Colomb (sœur des galeristes Pierre et Edouard Loeb), qui a été déchiré par Arp.
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Couverture de Temps Troué |
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Hans Arp, série de gravures sur bois tirées en couleurs pour les exemplaires de tête de Temps troué, 1951 |
Textes de Camille Bryen sur Hans Arp Le 14 mai 1955 est inaugurée rue de Rennes une exposition dans laquelle Edouard Loeb « présente les reliefs peints sur carton – bois – bronze de : Jean Arp » (12). L’invitation à ce vernissage était accompagnée d’un texte de Camille Bryen qui retrace succinctement les divers aspects de l’art de Arp, … de son parcours. « Cette gravitation accélérée… » de l’art de Arp, l’a amené à être « à la fois concret et tachiste, vertical et déchiré ». Déchiré comme le portrait de Bryen photographié par la sœur du galeriste et qui illustrait Temps troué. C’était il y a quelques années. Et Bryen s’interroge « Et aujourd’hui ? Sur ces formes symétriques neigent les flocons de hasard, ses sculptures sont ouvertes et présentent ‘le cou coupé du soleil’ ». |
Accès vers la base de données "Textes" : Arp et le langage
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« Jean Arp », Paris : galerie Edouard Loeb, 14 mai au 11 juin 1955 (sur le carton d’invitation : texte de Camille Bryen) |
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Bryen & Arp |