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Exposition Bryen & Cie |
| " Je me liais avec des hommes, pas avec des mouvements " |
Bryen et Compagnie
Arp, Audiberti, Butor, Dufrêne, Hains, P.A.B., Ubac, Villeglé, Wols
Musée des Beaux-Arts de Nantes - 5 octobre 2007 au 7 janvier 2008
Intitulée Bryen et Compagnie, l'exposition organisée par le musée des Beaux-Arts de Nantes témoigne de l'engagement du "poète-peintre", qui déclarait "Je me liais avec des hommes, pas avec des mouvements", dans de nombreux projets avec des amis artistes, écrivains, éditeurs : Hans Arp, Jacques Audiberti, Pierre-André Benoît, Michel Butor, François Dufrêne, Raymond Hains, Raoul Ubac, Jacques de la Villeglé, Otto Wols. Autour de leurs oeuvres, la trame de l'exposition se fait autour du fonds d'archives de la fondation Camille Bryen, sous l'égide de la Fondation de France, qui est déposé au musée nantais. témoin de la portée historique de ses objets à fonctionnement, de sa volonté de sortir la poésie des sentiers battus, de son rôle dans l'émergence de l'abstraction d'après-guerre, le tout englobé dans une conception abhumaine de l'art et de la vie.
Camille Bryen est essentiellement connu pour son oeuvre picturale, qu'il développa dans les années cinquante à soixante-dix, et dont on a au fil du temps occulté le rôle majeur qu'il joua dans l'émergence de ce que l'on a diversement appelé l'art informel, le tachisme, l'abstraction lyrique ou la non-figuration psychique. Avec Michel Tapié et Georges Mathieu il organise et participe en 1948 aux expositions fondatrices du mouvement : L'Imaginaire à la galerie du Luxembourg, HWPSMTB chez Colette Allendy et White and Black à la galerie des Deux-Iles. Il commence à peindre l'année suivante, influencé par l'oeuvre de son ami Otto Wols, sur lequel il a écrit à diverses reprises.
Bryen a également consacré plusieurs textes à l'autre artiste dont il était très proche et avec qui il a participé à plusieurs aventures artistiques, le sculpteur dadaïste Hans Arp. Peu après leur rencontre en 1935, ils allaient abandonnés leurs objets dans le bois de Meudon, puis se sont notamment retrouvés après guerre pour graver à quatre mains un bois pour le livre d'Illiazd Poésie de Mots Inconnus. Arp illustre par la suite le sixième recueil de Bryen, Temps Troué.
Dès les années trente, que ce soit avec Raoul Ubac (affichage de poèmes et d'images dans la rue, distribution de tracts dans des usines...), Marcel Michaud (inscription de poèmes au mur de sa galerie lyonnaise, Folklore, sous le slogan "La poésie partout"), Alain Gheerbrandt (Anthologie de la Poésie Naturelle) ou Jacques Audiberti (théorie de l'abhumanisme, concrétisée en 1952 dans L'Ouvre-Boîte), Camille Bryen a toujours prôné la libération de la poésie. On peut retrouver des résurgences de cette notion de "pensée sans homme" dans son oeuvre : les syllabes, les mots, les touches de couleurs ou les objets se juxtaposent sans que ne semble intervenir une réflexion préalable à l'élaboration de poèmes sonores, d'écriture automatique, de peintures abstraites ou d'assemblages hétéroclites.
La Morphologie du désir et Machine à fabriquer des objets dans mon esprit font partie des rares objets conçus par Bryen encore conservés. La plupart ont été détruits ou perdus, comme le Sein dans la forêt abandonné poétiquement avec Hans Arp. Raoul Ubac a néanmoins permis de garder une trace photographique de ces oeuvres, parfois à fonctionnement, publiées dans L'Aventure des Objets.
Dans le second manifeste du Nouveau Réalisme, Pierre Restany considérait que les artistes qu'il soutenait prenaient leurs sources dans les recherches de Duchamp, puis dans les assemblages d'objets de Camille Bryen. Raymond Hains a ainsi souvent rappelé le rôle très important qu'il a eu pour lui, estimant qu'il faisait le lien, était le passeur entre les générations du début et de la moitié du XX ème siècle. Il lui a ainsi rendu plusieurs hommages (Bryen/Langley, L'Ouvre-Boîte en valise...) depuis leur collaboration en 1953 pour Hépérile éclaté. Avec l'aide de Jacques Mahé de la Villeglé, Hains avait alors déformé grâce à son hypnagogoscope un livre de Bryen qui renferme un poème phonétique (genre littéraire qu'il a exercé avec un autre affichiste, François Dufrêne). D'incompréhensible le texte de Bryen devient illisible, ce qui en fait "le premier poème à dé-lire".
Le livre "éclaté" par Hains et Villeglé est très singulier. Intitulé Hépérile, il renferme dans ses cinq centimètres de côtés un court poème éponyme. Ce "minuscule" publié trois ans plus tôt, marque le début d'une vingtaine de collaborations avec l'éditeur Pierre-André Benoît. Ils vont s'attacher ensemble à produire des ouvrages rares, à la mise en page et à la conception originales, expérimentant de nouvelles techniques d'impression. Avec PAB, Bryen participe à de nombreuses aventures bibliophiliques en tant que poète, puis à partir des années soixante, puisqu'il "peint pour ne plus écrire", en tant que graveur.
Le "poète-peintre" participa de diverses manières à l'illustration de la poésie, la sienne et celle d'autres poètes. Ses collaborations, à la fin de sa vie, avec l'écrivain Michel Butor, dans lesquelles dialoguent textes et gravures, sont abondamment documentées dans les archives de lartiste par la correspondance qu'ils ont entretenue. Quatre-vingt cartes postales découpées sont ainsi conservées montrant un ensemble très intéressant d'art épistolaire. Outre leur aspect esthétique, ces envois renseignent sur la conception de leurs ouvrages communs et seront à la base de leurs Lettres écrites du Nouveau Mexique et de Querelle des Etats.
Dans l'enceinte de l'exposition, un espace est réservé à la consultation de la base de données consacrée à Camille Bryen. Initié en 2004 par la Fondation de France, cet outil de recherche recense la totalité de ses oeuvres artistiques et littéraires et donne accès à l'ensemble du fonds d'archives, dont les 6000 documents ont été numérisés. Cette base de données étant destinée aux chercheurs, un site internet, mis en ligne à l'automne 2007, permet au grand public de découvrir l'oeuvre de Bryen de manière beaucoup plus générale. Le travail de numérisation du fonds d'archives a également permit de mettre au jour plus de quatre-vingt poèmes et textes inédits, qui vont être édités avec l'ensemble de ses textes dans De l'Ecriture à la Désécriture (Presses du Rée, Dijonl) pour célébrer le centenaire de la naissance de l'artiste.
Bryen et Compagnie
Arp, Audiberti, Butor, Dufrêne, Hains, P.A.B., Ubac, Villeglé, Wols
Musée des Beaux-Arts de Nantes
5 octobre 2007 au 7 janvier 2008

Raoul Ubac, Le Sein de la forêt
photographie d'un objet de Camille Bryen
"perdu" dans le bois de Meudon, vers 1935

Pierre André Benoit et Camille Bryen
Face à la porte, Alès : P.A.B., 1974

Henri Baranger, Camille Bryen, Raoul Ubac,
Affichez vos poèmes, Affichez vos images,
affiche placardée dans les rues de Paris, 1935

Camille Bryen, Raymond Hains, Jacques Villeglé
Hépérile éclaté
Paris : Librairie Lutécia, 1953