L'oeuvre poétique de Camille Bryen est indissociable de son oeuvre plastique. Dès son second recueil, Expériences publié en 1932, il développe dans ses poèmes (automatiques, phonétiques...), dessins et collages un langage autonome qui n'est plus contrôlé par la pensée rationnelle mais est guidé par le psychisme. La pratique de l'automatisme dans l'écriture et le dessin rapproche Bryen du groupe surréaliste, mais son esprit subversif est plus proche du dadaïsme. Figure de Montparnasse et de Saint-Germain-des-Prés, il côtoie Tzara, Picabia et Duchamp, et c'est avec Arp que Bryen va abandonner l'un de ses objets à fonctionnement dans la forêt de Meudon. Dans L'Aventure des Objets, conférence dont le texte sera publié dans une plaquette (1937), Bryen explique la genèse de ses assemblages, leurs dimensions onirique et psychanalytique. Ces objets, dont Restany déclarait qu'ils faisaient le lien entre les oeuvres de Duchamp et celles des Nouveaux réalistes, ont été photographiés par Ubac, avec qui Bryen avait à la même époque prôné L'Actuation poétique et placardé Affichez vos poèmes dans les rues de Paris.

 



Camille Bryen, Les Seins grecs, technique mixte, vers 1935-1937
Photographie de Raoul Ubac

Camille Bryen, La Chair et les Mots,
Paris, K Editeur, 1948

A partir de la fin des années trente, Camille Bryen utilise pour ses oeuvres des procédés non-traditionnels : une trace de pneu (L'Objet de la rue, 1938) ou de fumée (Cire et Bougie), un tissu brûlé (Broderie du Feu, nouvelle acquisition du musée des Beaux-Arts de Nantes). Pendant la guerre, à Marseille puis à Lyon, il continue de dessiner des figures transhumaines aux corps démembrés. Critique littéraire, il publie également des articles consacrés à la poésie naturelle, dont il éditera avec Alain Gheerbrant une anthologie en 1949.
Après les recueils de poèmes Les Cloîtres du vent, La Chair et les Mots et Temps troué (édités respectivement en 1945, 1948 et 1951) et L'Ouvre-Boîte, dans lequel il élabore avec Audiberti la théorie de l'abhumanisme, Camille Bryen ne publiera plus sous son nom que quelques plaquettes, déclarant "Je peins pour ne plus écrire".

 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, il est avec Wols et Mathieu l'un des pionniers de l'art qu'il appelait non-figuration psychique, que Tapié nommait l'art informel, qui fut plus connu sous le nom d'abstraction lyrique mais dont Mathieu préférait le terme de tachisme. Bryen participe en 1947 et 1948 à l'organisation des premières expositions du mouvement : L'Imaginaire à la galerie du Luxembourg, HWPSMTB à la galerie Colette Allendy et White and Black à la galerie des Deux Iles. Il présente alors des Structures imaginaires, dessins abstraits aquarellés dont on trouve des traces dans ses premières toiles. Contrairement à ses compagnons, Camille Bryen ne s'est jamais tourné vers le gestuel : sa peinture instinctive est organique. Le graphisme convulsif des premières toiles laisse place à partir de 1956 à un espace qui s'organise en une mosaïque de touches colorées, et dans lequel les giclures viennent donner une dimension spatiale supplémentaire. Au début des années soixante, la palette de couleurs se pastellise, les formats s'agrandissent, l'oeuvre semble alors sortir du cadre et n'être plus que le fragment d'un espace beaucoup plus vaste.

 


Camille Bryen, Ocraneil, huile sur toile, 1955
Musée des Beaux-Arts de Nantes
Dépôt de la Fondation de France
(D994-1-1568P)

       
      Camille Bryen poète-peintre
            " Je peins pour ne plus écrire..."