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L'Aventure des objets |
| " Ces objets ont joué dans ma vie un rôle suffisant pour que je me récuse de tenter sur eux un travail littéraire ou actuel " |
L'Aventure des objets Le 3 mai 1937, Camille Bryen donne une conférence au groupe d'Etudes Psychologiques de la Sorbonne sur son Aventure des objets. Il illustre ses propos par la projection de photographies de ses oeuvres, prises par Raoul Ubac (sous le pseudonyme de Raoul Michelet). |
| Les objets à fonctionnement : Annonciateurs du Nouveau Réalisme |
Dans le second manifeste du groupe, A quarante degré au-dessus de dada (Paris, mai 1961), Pierre Restany établit ainsi une filiation artistique, entre Tinguely, César, Klein... et Marcel Duchamp, dont Bryen fut le passeur d'une génération à l'autre. Le critique d'art suivait déjà avec intérêt, dès le milieu des années cinquante dans la revue Cimaise, le travail pictural de Bryen, mais il trouva dans ses objets à fonctionnement des travaux précurseurs qui annoncent le Nouveau Réalisme. Les artistes de ce mouvement ont inventés dans la décennie précédente un nouveau répertoire plastique basé sur la récupération d’objets du quotidien (affiches, ferraille, objets usuels…), et s’approprient la réalité dans le sillage dadaïste en réactualisant le principe du ready-made, élément constitutif de leur travail plastique. Le critique d’art trouve donc naturellement la source de ces nouvelles expressions chez Marcel Duchamp, mais aussi chez Camille Bryen. |
Les Cinq objets poétiques : - Le Fantôme quotidien de Sade |
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« J'étais chez moi, un après-midi, dans un état d'exaltation coléreuse, quand, m'emparant d'objets que je trouvais sous ma main [...], je me mis à le réaliser sans image préconçue. Les éléments s'organisaient devant moi dans une logique qui était celle de l'objet et il fut terminé en quelques heures. [...] Ici, le processus onirique apparaît dans le fait que je me suis servi d'éléments parfaitement concrets et qui étaient déjà chargés d'une charge affective. [...] Cette forme doit avoir un rapport étroit avec l'organe sexuel de l'homme, [elle] ressemble à s'y méprendre au catogan du Marquis de Sade. » |
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Camille Bryen, L'Aventure des Objets, éditions José Corti, Paris, 1937, p. 8. |
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- Le Sein de la forêt |
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« Un soir, j'eus une vision hypnagogique extrêmement précise. Je voyais ce sein accroché à un arbre dans un paysage. Je m'endormis en pensant à un endroit très précis : au bois de Meudon. [...] La signification m'en semble être une volonté de liquidation de complexes enfantins teintés de paganisme. [...] L'arbre représente certainement l'image d'un homme et d'un homme au milieu d'autres hommes et qui pourrait bien être moi-même, en dernière analyse, abandon-nant son enfance. » |
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Camille Bryen, L'Aventure des Objets, éditions José Corti, Paris, 1937, p. 10. |
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- Les Seins grecs |
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« Une petite boîte en forme de brique, qui est originellement une boîte d'allumettes, contient un petit couteau, du beurre et du rouge à lèvres. Les seins ampoules allumés par l'électricité le sont encore par le contenu de cette singulière boîte d'allumettes, car le couteau sert à étendre sur la pointe des seins une mince couche de beurre après que le rouge à lèvres en ait aussi souligné les pointes. Nul doute que cet objet n'exprime [...] une femme dans l'état d'orgasme. [...] Les femmes grecques mettaient du rouge à la pointe de leurs seins. » |
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Camille Bryen, L'Aventure des Objets, éditions José Corti, Paris, 1937, p. 11. |
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- Etats de la mort |
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« Ce robinet ouvert fait fondre du sel dans [une] petite jambe. L'eau s'écoule ensuite à nouveau dans le réservoir quand on ouvre le couvercle et que l'on en découvre l'intérieur. Une jambe apparaît : c'est le positif de l'empreinte du couvercle. La Pallas Athénée est en creux alors que cette médaille est naturellement en relief sur la pierre tumulaire. Emmêlement lyrique des caractères, des identités de l'Amour et de la Mort.» |
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Camille Bryen, L'Aventure des Objets, éditions José Corti, Paris, 1937, p. 12. |
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- Morphologie du désir |
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« Morphologie du désir est composé d'une lampe électrique achetée à Uniprix, d'une bougie noire qui, éclairée par la lampe électrique - car elle est éclairée et ne s'allume pas - projette une ombre qui se confond […] avec son ombre vraie. Le jeu de cet objet réside dans le fonctionnement des ombres. […] Cet objet doit, dans mon esprit, fonctionner pour une seule personne dans une chambre noire. J'avais d'ailleurs pensé au début coiffer l'expérimentateur d'un chapeau de mineur pourvu d'une petite lanterne et de l'obliger, après avoir pris l'angle de l'ombre de la bougie, à déplacer lentement sa tête en synchronisme avec le chariot. » |
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Camille Bryen, L'Aventure des Objets, éditions José Corti, Paris, 1937, p. 14. |
L'Aventure des objets - nouvelle préface La pensée peut nous paraître résiduelle, la communication suspecte, ce qui m'intéresse encore dans L'Aventure des objets, c'est son aventure.
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![]() L'Aventure des Objets - Nouvelle préface, manuscrit, vers 1969 (FF 938/2) |